Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 19:31

 

Quel titre pompeux pour si peu à dire et pourtant !

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Moi qui aime bien associer mes idées à la façon dont les anciens les ont pensé, car je recherche toujours l'épistémologie de mes idées lorsqu'elles font surface, je voulais faire un petit paragraphe aujourd'hui en commençant par vous poser une question : ne remarquez-vous donc pas comme la mode se moque de vous ? 

 

En cherchant alors quelques théories pour éclairer cette question, celle de l'apparence, qui pourtant paraît être l'un des leitmotiv de ce blog, je suis tombée sur une page du site internet que j'aime bien, www.philolog.fr : l'éloge de l'apparence chez Nietzsche. Et lorsque l'on n'est pas bien calé en philosophie, ce n'est pas très facile à comprendre.

 

Mon idée est partie d'un souvenir qui m'est revenu dans la tête, un jour où j'étais dans le train (et Dieu sait comme ça fume, là-haut, quand je prends le train, car je n'y réussis jamais à faire quoique ce soit..), le souvenir de la première fois où j'ai vu un garçon porter un bonnet péruvien. Je me suis rappelé que je trouvais vraiment drôle, bizarre, que ce mec-là ne devait pas être net. Ce souvenir m'est apparu car je constatais qu'aujourd'hui, il n'y a rien de plus banal qu'un bonnet péruvien sur la tête d'un jeune rebelle et fougueux, associé à ses baskets Nike et son pantalon qui tombe. Mais qui décide des codes de la mode ? Le bonnet péruvien, quand même ! Ou les piques sur la tête, ou encore les pantalons qui tombent et qui fait que les garçons marchent comme des pingouins, ou encore, très à la mode quand j'étais au collège, remonter une chaussette sur son jogging, mais attention, sur une seule jambe.

Comme la société nous offre des images ! Comme elle nous nourrit d'histoires et contes merveilleux ! Tous ces trucs, associé aussi, du coup, à des techniques du corps, me rend toujours très souriante quand je regarde les gens dans la rue. Pourquoi les filles marchent-elles de façon à faire bouger leur fessier ? Pourquoi les garçons font comme s'ils boitaient ? Par quelle sorte de processus et de mécanisme, aussi fin que celui d'une horlogerie, ces techniques du corps en viennent à apporter du sens ? 

 

C'est tout de même fou, ces gens qui ne sourient pas pour donner l'air sûr, ceux qui simulent le boitillement pour dégager la fierté et la crainte, marcher le menton relevé pour dégager de la distanciation, et j'en passe... Le voyage que j'ai parcouru de mon petit village d'enfance jusqu'à aujourd'hui où j'arrive jeune femme m'a offert tellement de ces images, et mes années passées dans les grandes villes m'ont montré des curiosités aussi exotiques qu'un rite de transe gnawa ou encore mexicain. 

 

L'apparence ! Et Corneille disait qu'il ne faut pas toujours juger à partir de celle-ci, alors que Frédéric Saumade me disait aujourd'hui même qu'une culture n'est rien sans le matériel. Tout est matériel, touchable, visible. Même les sentiments. C'est ce que Simone Manon, dans le site internet évoqué plus haut rappelle, à travers des idées des plus anciennes que celles de Platon, jusqu'aux plus récentes, comme celles de Sartre.

Le corps est là, l'apparence est là, est c'est en lui attribuant du sens qu'elle prend forme. Platon, pour qui "le corps est le tombeau de l'âme", voit l'apparence comme une donnée métaphysique brute, qui doit être "relevée pour être sauvée", c'est-à-dire dominée et rationnalisée. Ceci est l'idéalisme métaphysique.

 

Pour Nietzsche, ce désir d'intelligibilité et de domination de l'apparence serait en fait la preuve que notre paysage quotidien, l'Être, n'est que fiction, construits sur des spéculations dont l'homme a la capacité. Ceci serait "le symptôme d'une impuissance à supporter la réalité", qui est le simple et unique fait qu'il n'y a pas de vérité.

 

Conclusion pessimiste mais en fait, qui ramène à l'adage de Sartre, "l'existence précède l'essence", en d'autres termes, il faut signifier quelque chose, pour que ce quelque chose soit. Il faut signifier, donner du sens, à l'Être, pour que cet Être soit.

Ainsi, il faut donner des couleurs, des formes et des démarches à nos corps, pour que nos corps soient. Détour alambiqué mais, je le pense, finalement, porter un bonnet péruvien ou encore s'adonner aux dreadlocks n'est rien d'autre qu'une preuve d'humanité, la plus belle selon moi, celle de la capacité à créer du sens, du rythme, de la logique et finalement, du lien entre les individus. Car émettre du sens et notamment à travers l'apparence est une façon de s'ouvrir aux autres et revendiquer sa place sur Terre.

 

S. Manon, 2010, L'éloge de l'apparence. Nietzsche. sur le site

 http://www.philolog.fr/eloge-de-lapparence-nietzsche/

 

Marion Breteau

Par Lalla - Publié dans : Mes réflexions - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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Samedi 4 février 2012 6 04 /02 /Fév /2012 12:23

Après trois mois passés en Jordanie, auprès de gens qui m'ont accueillie et qui ne savaient pas, tout comme moi, que nous croisions nos chemins, et que ce croisement serait la condition de ma réussite, j'ouvre les portes de mes souvenirs.

 

Hala et Habib, sorte de clés de ma recherche, sont deux jeunes étudiants à Amman, ils représentent, pour moi, toute la force d'une jeunesse qui anime le Proche-Orient d'aujourd'hui. Pleins de vie et de rêves, ils sont toujours curieux de l'Occident, qui leur fait des signaux d'alerte à chaque coin de rue. De toutes les marques de l'Europe ou des Amériques, Amman offre une consommation qui sonne au rythme des marques et de références qui n'appartiennent pas à la Jordanie. Aller prendre un menu Big Mac (halal bien sûr) après les cours est chose courante, pour ensuite aller dans les monstres de la consommation moderne, les Malls, sortes d'énormes centres commerciaux, qui regorgent de magasins tels que Pimkie, Promod, Etam, Zara, et j'en passe...

Les idéologies occidentales, alors, arrivent implicitement au travers des mailles de l'habillement occidental qui est vendu en masse, à des prix exhorbitants, et donc accessibles uniquement à une certaine classe de la société ammanie. Ces idéologies, souvent définies en termes de liberté, libération, indépendance, sont en fait tout ce qui renvoie aux ressentiments de malaise dans les idéologies qui façonnent la culture locale. Car Orient et Occident, ou Europe et monde Arabo-musulman vivent à des rythmes sociaux différents, et opposés parfois.

 

En Jordanie, l'esprit de groupe règne, quand ici c'est l'individualisme qui anime les foules. Cet esprit de groupe est conditionné par une importance capitale posée sur le sens de l'honneur, qui réside, notamment dans les relations entre les hommes et les femmes, pour ne pas dire en la femme. Alors, si pour Hala et Habib, ces carcans sociaux sont pour eux des morceaux de tradition, et absents chez eux, on peut tout de même voir ça comme une occidentalisation de ces carcans. 

 

Pour revenir à mes amis, je voulais juste souligner comme il est drôle l'effet de l'anthropologie sur les gens, que ce soit le chercheur, ou sur les gens qu'il observe et interroge. En partant de Jordanie, Hala m'a dit que ma présence lui avait ouvert de nouvelles portes, celle de la réflexivité, sur elle-même, sur ce qui l'entoure, sur son pays et sa condition. En partant, Hala et Habib ont commencé tous deux un blog. Et je crois qu'ils expriment par eux-mêmes et avec leurs propres mots ce que j'ai essayé d'écrire, cette ambivalence dans laquelle mes amis tentent de se contruire au jour le jour.

 

Pour voir le blog de Habib : http://dreamsinamman.blogspot.com/?spref=fb

 

Pour voir le blog de Hala :  http://halazuabi8.blogspot.com/

 

Marion Breteau

Par Lalla - Publié dans : Mes réflexions - Communauté : Carnets-de-voyages
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Jeudi 2 février 2012 4 02 /02 /Fév /2012 23:35

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Par Lalla
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Jeudi 2 février 2012 4 02 /02 /Fév /2012 23:16

O toi, le plus savant et le plus beau des Anges,

Dieu trahi par le sort et privé de louanges,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

O Prince de l'exil, à qui l'on a fait du tort, 
Et qui, vaincu, toujours te redresses plus fort,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui sais tout, grand roi des choses souterraines, 
Guérisseur familier des angoisses humaines,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui, même aux lépreux, aux parias maudits, 
Enseignes par l'amour le goût du Paradis.

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

O toi qui de la mort, ta vieille et forte amante, 
Engendras l'Espérance, - une folle charmante!

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui fais au proscrit ce regard calme et haut 
Qui damne tout un peuple autour d'un échafaud,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui sais en quels coins des terres envieuses 
Le Dieu jaloux cacha les pierres précieuses,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi dont l'œil clair connaît les profonds arsenaux 
Où dort enseveli le peuple des métaux,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi dont la large main cache les précipices 
Au somnambule errant au bord des édifices,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui, magiquement, assouplis les vieux os 
De l'ivrogne attardé foulé par les chevaux,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui, pour consoler l'homme frêle qui souffre, 
Nous appris à mêler le salpêtre et le soufre,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui poses ta marque, ô complice subtil, 
Sur le front du Crésus impitoyable et vil,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui mets dans les yeux et dans le cœur des filles 
Le culte de la plaie et l'amour des guenilles,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Bâton des exilés, lampe des inventeurs, 
Confesseur des pendus et des conspirateurs,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Père adoptif de ceux qu'en sa noire colère 
Du paradis terrestre a chassés Dieu le Père,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Charle Baudelaire


Par Lalla - Publié dans : Leurs poésies - Communauté : Pensées Nocturnes
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Jeudi 2 février 2012 4 02 /02 /Fév /2012 22:04

 

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"Tu seras un homme, ma fille !"

 

Etre une femme ou un homme est un fait social, dirait Marcel Mauss. C'est social, physiologique, physique et psychologique. L'histoire de Ahmed nous ouvre les portes vers le monde du genre... Naissant avec un sexe féminin, issu de la dernière grossesse d'un foyer sans fils, et donc, sans d'héritier, pour remédier à ce manque, le père décide d'en faire un fils, et il s'appelera Ahmed. Partant de la conception phénotypique du genre, on en arrive à une inversion totale des données, née féminine, ce sera un homme.

 

Dans les sociétés telles que le Maroc, dans laquelle l'histoire d'Ahmed est contée, cette dimension tout à fait virtuelle du genre devient très explicite. En effet, être une femme correspond à des attentes normatives, des attitudes et des activités opposées (mais complémentaires) de ce qui est attendu d'un homme.

 

Ahmed, alors privé de son sexe, pansant sa poitrine naissante, simulant la circoncision, doit obéir à tout ce qui définit la condition masculine dans sa société. Il apprend à être autoritaire, viril, masculin, et finit par jouer ce rôle.

Mais, finalement, a-t-il le choix ? Car, s'il est privé de son sexe, n'est-il pas en fait privé de son être ? Être, c'est accepter, gérer plus ou moins bien la place que l'on nous donne lorsque l'on naît. Être, c'est faire des compromis. Et, pour reprendre le "frais parler" du sociologue Ervin Goffman, être, c'est en effet jouer un rôle, dans cette scène dramatique qu'est la vie. "Être soi-même, c'est être conscient de son masque mais aussi de l'obligation de le revêtir sous peine de ne plus exister du tout. Demeure la douleur, seule garantie de notre présence dans le monde".

Ahmed, construit à base de matière soluble, que le vent peut faire s'effondrer en quelques secondes, est un enfant de sable.

 

 

A voir : Tahar Ben Jelloun, l'Enfant de Sable.

 

Marion Breteau

Par Lalla - Publié dans : Mes réflexions - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Jeudi 2 février 2012 4 02 /02 /Fév /2012 11:54

Pour une journée pleine de soleil dans le coeur !

Par Lalla - Publié dans : Leur voix - Communauté : Carnets-de-voyages
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Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 01:14

 

Ce corps cette parure...


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Par Lalla - Publié dans : Mes réflexions - Communauté : Pensées Nocturnes
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Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 00:33

 

 

63701_letter-I_lg.gifIl y a sur la peau comme des gravures qui fait ce corps statue, ce corps cette parure, porcelaine échancrée et ci et là ressortent les ratures les erreurs et les blessures. 



Des ratures, des odeurs de mort, impures, ressortent de ce corps sans armure, des traces des sutures desquelles expirent la peine d'une âme dégainée, arrachée, mutilée, sans nom, sans forme, sans baume, sans arôme, sans saveur, sans heure, ni temps, ni gants, ni amant.



Arrachent et déchirent cette paroi les rides de l'amertume, desquels glissent le lit d'un ruisseau naissant. Tirant vers une source de chaleur dont les mains n'ont nulle connaissance.


Comment connaitre cette chaleur aimante ? Les mains s'ouvrent, les paumes chauffent, les doigts s'agitent et les muscles prennent forme, ils animent ce corps pâle,il souffle s'essoufle sue s'enclume dans les ordures de son spleen tortueux, crie, s'écrie, s'échine et use des lames tranchantes du verbe pour illuminer, et...

 

Et la lumière, et le gris devient blanc, le blanc devient rosé, arrosé d'une autre vérité, elle prend vie, les paupières s'ouvrent, la lumière est. Les pupilles sont, la couleur est, plus qu'une vision c'est d'une innocence cristalline que cette âme fait signe, une infinie fragilité dans la matière des yeux, le battement du cœur, oui, à travers l'éclatement hâletant du noir de l'iris. Grossit, rétrécit, vite, ralentit, se calme, puis se réfugie dans la chaleur bienveillante de la vie. La vie. Et ce cœur. Il jouit. Il cherche autrui.

 

Echancrée, la statue de ce corps qui me torture, je cherche, et me détruis.

 

Marion Breteau

 


Par Lalla - Publié dans : Mes poésies - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 19:33

 

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Bonne année à tous !

 


Par Lalla - Publié dans : Mes réflexions
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Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 11:24

 

« La beauté de l’apparence est seulement un charme de l’instant ; l’apparence du corps n’est pas toujours le reflet de l’âme.  » Georges Sand

 

Avant de commencer ma journée, je voudrais vous introduire à la culture de la mode en terre jordanienne par une petite note, que voici !

 

Arrivant en Jordanie, comme je déplie ma tente sur toutes les terres du thé à la menthe et du luth oriental, j'avais en moi des images raffinées et savoureuses, teintées d'odeur de musc, tapissées de henné et de draperies soyeuses. L'Orientalisme a toujours pris forme dans ce genre de décors, et je peux vous dire que si vous voulez vous vaccinez de cette maladie... allez en Jordanie !

La beauté orientale, dans les manuels de magie esthétique, prend sa source dans les yeux et le regard. Toutes les filles me l'ont dit, c'est la chose la plus importante pour qu'un homme soit charmé. On a alors droit à un festival de couleurs et d'assortiments, liant la couleur des yeux avec le vêtement, le tout cerné de khôl. Les yeux en deviennent une zone d'expression libre, et puis tout le visage ! Avoir un nez fin, de grosses lèvres, les yeux clairs, tout ce qui est rare est recherché, et le maquillage aide à cela. Sans parler de la chirurgie esthétique, je crois qu'on peut parler de l'influence de la mode libanaise sur les critères de beauté. D'ailleurs, sur mon terrain, il y a une fille dont je ne connais pas le nom, et pour la reconnaître, je l'ai surnommé Haifa Wehbe. Pourquoi ? Regardez la photo qui suit ! 

 

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Sourcils artificiels, nez refait (mais pas que), lèvres bien dessinées, petite mouche et fond de teint tenue 48h, cette chanteuse libanaise, Haifa Wehbe, a été promue la plus jolie femme du Monde Arabe. Et oui, elle fait partie de l'imaginaire collectif, qui fait que les filles, dès qu'elles dépassent la vingtaine, commencent à se maquiller ainsi. Eh bien oui quoi ! Il faut trouver le prince charmant, alors autant mettre toutes les chances de son côté !

 Mais je vous rassure, non, toutes les filles ne sont pas comme ça, et l'on pourrait dire que cela n'appartient qu'à une classe sociale aisée et citadine, ou bien occasionnellement, pour les fêtes. En descendant plus bas dans le centre-ville, sortie comme cela, vous risquez de vous faire huer par les hommes et en tout cas scruter de long en large, ce qui n'est pas vraiment agréable. Dans le centre-ville d'Amman, vous trouverez davantage de femmes portant des jellabas, sans maquillage. Ces jellabas, retirons le folklore marocain que tous les français ont en tête, sont en fait des robes noires cousues au point de croix, et sont typiques de la région palestiniennes. On trouve plus de personnes âgées porter cela, et je dirai que celles qui le portent au quotidien sont des personnes de classe moins aisée et plutôt conservatrice. Dans les magasins, on vous vendra des trucs synthétiques, ce qui est bien dommage. Dans le registre robe noire, on a aussi droit aux abayas, ces robes noires qui peuvent être agrémentées de quelques paillettes ou folies florales, et, comme les robes palestiniennes, correspondent aux exigences religieuses du camouflage des formes corporelles afin de pudeur.

 

DSC04585.JPG

 

Mais que serait la notion de fashionista orientale sans... le voile ! Car quitte à se voiler, autant le faire avec goût. On peut distinguer différentes façons de porter le voile. Dans la rue, on peut trouver des femmes avec un voile blanc, additionné à un voile qui couvre le visage jusqu'au nez. On trouvera des femmes qui portent des voiles noirs additionnés à des voiles noirs sur le visage, le niqab. On trouvera aussi ce qu'on appelle des jilbab, sorte de voile qui couvre jusqu'aux bras.

Mais là où je travaille, c'est tout comme le maquillage, un festival pour les yeux ! De celles qui assortissent la couleur de leur voile à la coque de leur iphone, certaines optent pour un discret voile blanc (qui pour certaines finissent par colorer sur les bords à cause du fond de teint, mais je vous passe les détails.) Comme me l'avait dit mon amie Rula, toujours faire attention à ce que ce soit à la fois une couleur pas trop criarde, féminine (entendez : rose. Eh oui les codes sont les mêmes partout apparemment), mais aussi que cela soit assorti à la tenue du jour, sinon c'est ridicule. Alors on trouvera des voiles avec de petits motifs floraux, des coeurs ou même du léopard, agencés en fonction de la tenue. Je n'ai pas de photos à vous montrer car ce n'est pas dans l'ordre des choses de demander à prendre une photo avec une copine juste pour exhiber son voile. Mais puisque c'est joli, et pour que vous ayez une idée, je préfère trouver une image sur Google, anonyme, et pardon pour la concernée !

Evidemment, plus personne ne porte de bijoux d'argent avec de grandes robes en voile, encore une déception pour mon âme d'orientaliste. Oui, H&M vient de s'implanter ici, Pimkie, Promod, Etam et j'en passe, les malls (gros centres commerciaux) débordent d'Occident, qui crée un mixte assez intéressant. On verra agencés des vêtements de façon différente. Disons que l'idée principale, c'est que le vêtement doit couvrir, couvrir du cou aux pieds, alors que le souci du camouflage des formes, chez les jeunes filles, paraît n'être plus qu'un souvenir d'antan. Les jean's skinny et hauts moulants sont à la mode, et pas qu'à Paris.


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Le meilleur pour la fin, chose que l'on m'a présentée comme le "alien hijab" et que je connaissais sous le nom de "fashion hijab", un voile surelevé afin de créer du volume, comme les princesses au Moyen-Âge. La technique est simple. On fait une couette, on enroule un foulard autour de la couette et on l'attache, puis on le recouvre d'un voile. On peut aussi attacher ses cheveux à l'aide d'une broche en forme d'énorme fleur en tissu. L'idée est de trouver un moyen pour faire du volume, sans pour autant être lourd. Certaines le mettront sur le haut de la tête, d'où l'expression "tarbouche hijab", ou bien en arrière. Voilà une photo de moi (je vous vois rigoler !) avec le fameux, avec un foulard enroulé autour de mes cheveux (ah ben oui, ça se voit pas..c'est l'idée !)

 

 

P1000814.JPG

on se moque pas !

 

Bien que ces propos ne soient valables que selon certains critères (dans des espaces plutôt publics), on doit garder en tête que ce n'est qu'un aperçu de ce qu'un oeil étranger peut percevoir, avec ses a priori et ses possibilités d'entrée dans les lieux. Et puis, il faut le savoir, pour le voile, tout le monde ne le porte pas, et il y a des chrétiens en Jordanie.

Toujours est-il que la société ammanite apparaît comme un spectacle de l'occidentalisation du local, que je trouve pour ma part un peu dommage, non pas tant pour mes attentes d'images merveilleuses, mais pour l'inadéquation de deux types de sociétés que représentent la Jordanie face à l'Occident, et les conséquences dans l'altération des normes et valeurs, créant, je crois, des incompréhensions, des courts-circuits sociétaux et non plus des branchements des sociétés entre elles (pour reprendre Jean-Loup Amselle).

 

A moi et mes morceaux cassés d'Orientalisme, à Shérazade et Azyadié, bonne voile !


Par Lalla - Publié dans : Mes réflexions - Communauté : Carnets-de-voyages
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.M'ssieurs dames.

.c'était le bon temps.

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